Pénurie de bouteilles, sécheresse, inflation: les vignerons de Gaillac sont au bout du goulot

Pénurie de bouteilles, sécheresse, inflation: les vignerons de Gaillac sont au bout du goulot
image Pénurie de bouteilles, sécheresse, inflation: les vignerons de Gaillac sont au bout du goulot

l’essentiel Après la sécheresse, l’inflation… À Gaillac, les vignerons sont pris à la gorge par le prix des matières premières qui explosent. Notamment celui des bouteilles en verre, qu’ils ont de plus en plus de mal à se faire livrer. Cette pénurie les oblige à s’adapter.

« On parle d’une nouvelle hausse de 30% au 1er janvier. Jusqu’où ça va aller? On a l’impression d’être dans un bateau ivre, sans pilote ». Lucas Merlo, à la tête du domaine de L’Aubarel, à Gaillac, ne cache pas son inquiétude, face aux prix des matières “sèches”, qui ne cesse de s’envoler depuis le début de l’année. Que ce soit le verre, les cartons, les capsules ou encore le papier qui sert à faire des étiquettes… Tout flambe, ajoutant une nouvelle strate de difficultés sur une année 2022 déjà peu commode. 

Côté poids lourds, la coopérative Vinovalie déplore deux vagues de hausses en 2022, soit un surcoût total de l’ordre de 30%. « Mais on a aussi des problèmes de livraisons: pour le verre, nous ne sommes sûrs de l’avoir que lorsque le camion est sur le parking », souligne Jacques Tranier, directeur général de Vinovalie, qui l’explique par la fermeture de plusieurs verriers, à l’origine d’un phénomène de concentration des fournisseurs.

« C’est une catastrophe »

Résultat. Beaucoup de vignerons n’ont d’autres choix que de répercuter cette flambée tarifaire sur le prix des bouteilles. Comment la distribution et les consommateurs, vont-ils réagit à ces hausses, dans un contexte où les achats plaisirs tendent à se raréfier?

Les observateurs croyaient que l’inflation allait se calmer après l’été, mais elle a repris de plus belle. À Vinovalie, qui traite 20 millions de bouteilles par an, on est inquiet. « On peut s’adapter en changeant les formats de bouteilles, mais on n’est pas décisionnaire. Ce n’est pas parce qu’on a négocié le prix qu’on est livrés ». Une situation sans précédent depuis 2007, date de création du groupe coopératif.

Pour les capsules, il faut compter six mois de délai. Idem pour les coiffes des mousseux. « C’est une catastrophe » reconnaît Jean-Paul Albert, du Domaine de Labarthe, à Castanet. Lui est obligé de garder les effervescents dans les frigos de la Coopérative Abbaye Saint-Michel. Mais leur capacité n’est pas extensible.

“S’il faut, on les vendra sans capsules, avec un document d’accompagnement et l’accord des Douanes”, suggère-t-il, tout en rappelant que “certains syndicats, qui prennent leur écot sur les capsules, y perdront une ressource”.

“On dira oui, quel que soit le prix”

Il envisage aussi de vendre les rosés et les doux dans des bouteilles vertes, s’il n’a plus de blanches. En attendant, sur 80 hectolitres de rosé, les deux tiers restent en cube. « On verra quand on aura des bouteilles ».

En amont, les fournisseurs locaux font ce qu’ils peuvent, mais ils sont contingentés. Lucas Merlo a la sensation d’être pris en otage. « Les verriers savent qu’on dira oui quel que soit le prix. Sans bouteilles, on n’est rien ». À la hausse des prix de l’énergie, il soupçonne des hausses spéculatives, jouant sur les pénuries.

Une nouvelle augmentation de 6%

Jacques Tranier, lui, s’engage à ne pas préserver la compétitivité sur le dos des coopérateurs. L’an dernier, ils ont subi une perte de récolte de 50%, cette année de 20 à 30%. Baisser leur rémunération équivaudrait à la double peine. « En 2022, ils ont été augmentés de 5,2%. Je prévois une nouvelle augmentation de 6% en 2023 ».

Mais la situation économique fragilise les entreprises. Si l’Etat accordait une nouvelle prime à l’arrachage, 10 à 20% des surfaces actuelles pourraient disparaître.

Source : La Dépêche
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