11-Novembre : 100 ans après, l’épisode mouvementé de la création du monument aux morts de Castres

11-Novembre : 100 ans après, l’épisode mouvementé de la création du monument aux morts de Castres
image 11-Novembre : 100 ans après, l’épisode mouvementé de la création du monument aux morts de Castres

l’essentiel Le 3 décembre, le monument aux morts fête ses 100 ans. Demain à Castres, en cette journée du 11 novembre où l’ouvrage sera au centre de l’hommage à tous les morts pour la France, voici l’histoire de sa « naissance tumultueuse » avec l’historien André Minet.

En ce vendredi 11 novembre, nouvelle cérémonie en hommage à tous les morts pour la France. Comme il est d’usage et de tradition, après la messe à la cathédrale Saint-Benoit, un dépôt de gerbe est prévu au pied du monument aux morts. Le 3 décembre, l’ouvrage fêtera ses 100 ans, et pour la Société culturelle du Pays castrais de rappeler dans son dernier billet, sa « naissance tumultueuse » comme l’a finement détaillé André Minet dans le cahier n° 20 de l’association d’historiens locaux. Dont voici les grandes lignes.

« Aujourd’hui, plus rien ne dit que d’antiques et dérisoires querelles ont accompagné la naissance d’un monument qui a finalement bien vieilli […] Il a bien vieilli, car il n’a cessé de demeurer dans le champ visuel des passants, piétons d’hier, automobilistes d’aujourd’hui, et de jouer son rôle de mémoire, c’est-à-dire « de signe et de rappel » des événements de l’Histoire. » C’est par ces mots que l’historien castrais termine son texte et ses 10 pages descriptives, nourries par un travail d’archives chronophage, qui permet aujourd’hui d’éclairer sur la création animée du monument aux morts, situé entre le jardin de l’Évêché et le boulevard Henri Sizaire.

L’influence d’un comité pilote

Tout commence en décembre 1918 quand le maire de l’époque, Frédéric Bardy lance l’idée d’honorer d’un monument communal la disparition de « près de 600 des nôtres ». Il « n’imagine certainement pas la série d’embûches et de controverses auxquelles sa réalisation se heurtera », écrit André Minet. Le 14 mai 1919, un « comité du monument aux morts pour la patrie de la commune de Castres », composé de 44 personnes, porte le projet municipal. Pour le financer, le comité s’occupe de tout et lance une souscription publique jusqu’à l’inauguration le 3 décembre.

Problème : « Les 655 premiers souscripteurs versent moins de 9 000 francs » alors que « la collecte ne couvre pas les 84 016,45 francs d’une dépense que l’inflation d’après-guerre et des aléas de chantier n’ont cessé de gonfler », relate l’érudit castrais. Successeur de Frédéric Bardy qui avait assuré que la mairie pendrait en charge la différence, le socialiste Henri Sizaire fixe la subvention à 10 000 francs « et après qu’une somme égale soit votée pour l’érection d’un monument à Jean-Jaurès, […] la première victime castraise de la Grande Guerre ». Finalement, des versements ultimes des membres du comité viendront boucler la dette apurée en janvier 1928.
Côté réalisation, le comité d’érection confie la tâche à « deux artistes du terroir » habitant Paris : le jeune architecte Edmond Olombel et le sculpteur Gaston Toussaint, un ancien élève du Castrais Alphonse Gasc. D’autres tenteront bien leur chance pour être désignés, sans succès.

Coût du monument : 84 016 francs… et beaucoup de dettes

« Finalement, en ne respectant pas l’usage démocratique du concours, le Comité a peut-être épargné à la ville, soit un extravagant parc patriotique, soit un poilu de convenance en bronze mal ébarbé ou bien encore quelque figure prétentieuse et plutôt pompière ! » A sa création, 677 noms de soldats morts à la Grande Guerre étaient inscrits sur le monument, avant que les 161 de 39-45 ne soient ajoutés en 1978.

Dernière péripétie : le jour de l’inauguration, un défilé civil de la mairie jusqu’à l’ouvrage, était prévu à 14h. Un choix profane, pas au goût des clergés des Églises chrétiennes qui ont annoncé une matinée de cultes. « La municipalité de gauche, soucieuse du strict respect de la séparation des Églises et de l’État, et qui comprend très vite qu’elle tient désormais un vrai lieu de culte laïque et républicain, ne peut tolérer un tel acte religieux. Cet incident s’envenime, d’autant que les catholiques conservateurs voient l’occasion d’en découdre avec le maire socialiste », relate André Minet, et de révéler qu’une bénédiction a pourtant eu lieu tôt le matin, en catimini. Avant la grande parade de l’après-midi : « Un cortège de 5 000 à 6 000 personnes partait de la mairie [… ] au milieu d’une double haie grave et émue formée par la population tout entière » (26 000 habitants à l’époque).
Pour conclure, quelques passes d’armes par presses locales interposées terminaient alors la « naissance tumultueuse » du monument aux morts de Castres.

Source : La Dépêche
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