Olivier Roland, EDF Commerce Sud-Ouest : « Crise énergétique, une situation historique »

Olivier Roland, EDF Commerce Sud-Ouest : « Crise énergétique, une situation historique »
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La situation énergétique que nous traversons a-t-elle eu des équivalents dans l’Histoire ?

Non. C’est exceptionnel en raison de la conjonction de nombreux facteurs. Il y a une situation conjoncturelle, la guerre en Ukraine, qui nous prive de gaz russe. Or depuis la reprise économique post-Covid très importante, la demande mondiale en énergie est extrêmement forte. Et tout cela a eu lieu dans un contexte de transition énergétique avec énormément d’investissements pour décarboner les moyens de production au niveau européen.

En France spécifiquement, nous sommes dans une phase de maintenance du parc nucléaire très importante, puisqu’elle doit permettre aux centrales de passer d’une durée de vie de quarante à cinquante ans. Nous avons de plus découvert récemment un phénomène de corrosion sur une partie de la tuyauterie des centrales françaises. Il faut mettre à l’arrêt les réacteurs où ce défaut est repéré. Cela réduit donc notre production électrique.

Il n’y a donc certes pas d’équivalent historique, mais on peut tout même penser aux chocs pétroliers de 1973 et 1978. Nous sommes dans une crise qui repose aussi des questions de souveraineté et de sobriété énergétique. Dans les années 1970, il y avait des grandes campagnes pour consommer moins qui avaient abouti par exemple à la réduction de la vitesse sur autoroute. Le président de la République, lors de son discours du 14 juillet, a appelé à des efforts un peu équivalents.

Comment entreprises et industriels peuvent-ils faire face à cette crise ?

Les tarifs de l’électricité sont calculés de façon simple : c’est un prix multiplié par un volume. Les prix ne vont pas être réinventés complètement. C’est du ressort du politique. Les entreprises peuvent toutefois se mettre à l’abri d’une volatilité complètement délirante des prix en signant des contrats électriques dit de long terme, de trois ans. Le prix est la moyenne de l’anticipation des trois années à venir. Cela permet d’être moins affecté par les aléas d’une crise.

Mais les entrepreneurs peuvent surtout jouer sur le volume qu’ils achètent. D’abord en mettant en place des stratégies de production autonome (ombrières solaires, panneaux photovoltaïques sur vos toitures). Ensuite, à travers la réduction des dépenses énergétiques, en ayant des pratiques plus vertueuses (déplacer des opérations de maintenance de l’été à l’hiver, mieux gérer son chauffage, sa climatisation, etc.). Aider les entreprises à gagner ainsi en efficacité énergétique, cela fait partie de notre mission.

Nous vivons donc une sorte d’accélération de la transition énergétique ? Sans retour en arrière possible ?

Oui. Les prix de l’énergie vont rester à un niveau plus haut que ceux que l’on a connus dans les années passées. Tous les pays européens doivent investir fortement dans les énergies renouvelables (EnR). Une demande en investissement plus importante aboutit à des prix forcément plus élevés. C’est une tendance de fond nécessaire face au réchauffement climatique. En France, nous ne pourrons nous passer du nucléaire. Il nous faudra sans doute construire les six centrales annoncées par Emmanuel Macron, tout en accélérant sur les EnR.

Propos recueillis par Matthias Hardoy

Sur la photo : Olivier Roland, directeur d’EDF Commerce Sud-Ouest

Source : ToulEco

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