Crise de l’énergie. Le transport routier conduit « sans visibilité »

Crise de l’énergie. Le transport routier conduit « sans visibilité »
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1 300 euros par poids lourd, 300 euros pour les véhicules légers. Les mesures d’aide exceptionnelles obtenues au printemps dans le cadre du plan de résilience de l’État, pour aider le secteur du transport routier de marchandise à faire face à la hausse du prix des énergies, sont déjà loin. « Le ballon d’oxygène a été vite consommé. À 2 euros le litre, ça n’a pas traîné… Avant la guerre en Ukraine, les augmentations allaient de 50 à 60 % pour le gasoil et jusqu’à 400 % pour le gaz. Depuis le début du conflit, les proportions sont devenues hallucinantes. Les dernières enquêtes de conjoncture nationale révèlent que 76 % des chefs d’entreprises sont inquiets ou insatisfaits de leur situation économique. Les indicateurs sont encore plus pessimistes qu’en mars 2020 au début du confinement », souligne Jérôme Bessière, secrétaire général de la Fédération nationale des transports routiers Occitanie (FNTR).

Alors que le carburant constitue pour les entreprises de transport le deuxième poste de dépense après la masse salariale, les professionnels du secteur expliquent que la hausse du prix du gasoil n’est que « la partie visible de l’iceberg ». Elle s’accompagne d’une augmentation du coût des pneumatiques et des assurances mais surtout d’une pénurie de chauffeurs, plus problématique encore depuis le début de l’attaque russe contre l’Ukraine. « La grande distance est beaucoup prise en charge par des travailleurs des pays de l’Est. Les transporteurs ukraniens ne sont plus sur nos routes, cette activité se reporte sur les entreprises françaises qui sont en surcharge… Elles manquent déjà de conducteurs et ont du mal à faire face avec leur flotte de camions. Non seulement le quotidien est difficile mais l’avenir est également sombre car cette crise conjoncturelle vient s’ajouter à des problématiques structurelles », explique Jérôme Bessière.

Conduite économique

Basés à Lanne, dans les Hautes-Pyrénées, les Transports Barcos font eux aussi état d’une « situation catastrophique » dans le transport routier. Cette entreprise familiale de 220 salariés qui compte quatre dépôts dans le Sud-Ouest et 130 véhicules dont dix au gaz, consacre quelque 5 millions d’euros par an à sa consommation de gasoil. « Les marges des transporteurs ne sont pas celles de la grande distribution. Elles sont faibles, entre 2 et 3 %. Si un poste flambe, la marge a vite fait de fondre et l’entreprise est rapidement fragilisée. Quand le carburant est passé à 2 euros, nous avons pris 200.000 euros de surcoût dans la vue…

Pour réduire les dépenses, nous essayons d’optimiser les tournées et de sensibiliser notre person- nel à une conduite la plus économique possible. 130 chauffeurs qui conduisent mieux, ce sont des milliers d’euros économisés », assure Jean-Claude Barcos, président des Tranports Barcos et de la FNTR Occitanie. L’entreprise a aussi dû se résoudre à « répercuter » la hausse du prix des énergies sur ses clients en augmentant ses prestations de 6 à 8 %. « Ils sont compréhensifs. Nous n’avons pas d’autre marge de manœuvre. On ne peut pas pousser les camions ou ne prendre que les descentes… Nous devrons toujours adapter le prix de vente à nos coûts. En ce moment, le prix du gasoil bouge tous les jours, nous devons être attentifs pour les achats », explique le dirigeant, plus inquiet pour la filière gaz.

L’entreprise qui a été l’une des premières à intégrer des véhicules gaz dans sa flotte, a vu les tarifs passer de 0,70 euro le kilo à près de 3 euros ces derniers mois. Jean-Claude Barcos a renoncé à investir dans d’autres véhicules. « J’y croyais mais cette filière vertueuse n’est pas aidée, elle est même totalement délaissée. Il n’y a même pas 1 % des camions qui roulent au gaz ou au biogaz. » Jusqu’à présent, le soutien de l’État et l’accompagnement des clients ont permis aux entreprises de transport routier de résister mais il faudra faire le bilan à la fin de l’année préviennent les professionnels. Après la crise du covid, ce « choc d’inflation » va les laisser durant plusieurs mois encore « sans visibilité ».

Johanna Decorse

Crédit photo : Rémy Gabalda – ToulÉco

Source : ToulEco

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